La transition sera gratuite, autogérée ou ne sera pas…

La transition sera gratuite, autogérée ou ne sera pas…

Suite textuelle à la conférence-débat « Biens communs et collectifs, bases de la Transition » lors de la troisième Faites du fric du 27 septembre 2013.

Le professeur de permaculture (et fondateur de la première ville en transition) Rob Hopkins, refusant de parler (et donc de critiquer) le capitalisme, a révélé le sentiment récent des premiers doutes et d’une fracture idéologique quant à la volonté supposée du mouvement des Villes en transition de changer de société, et non seulement de régime ou  de gouvernement. Ceci laisserait naturellement le champ libre aux récupérations de type éco-blanchiment capitalistico-compatibles, dont il faut reconnaitre la discrète mais réelle éclosion, alors que Permaculture et Transition commencent à peine à dépasser le cercle des initiés. L’un des reproches accusant la permaculture (d’où provient la transition) de social-traitrise s’appuie en effet sur sa privatisation, en particulier sur le plan de la formation, et pour tout dire son évolution en business, accentué par une hégémonie anglo-saxonne. Or, pas plus la permaculture que la transition ne peuvent se satisfaire des fondamentaux régissant le capitalisme, dont l’évolution récente, boursière et mondialisée, l’éloigne définitivement de tout compromis.

En effet, si l’on peut tout pervertir en manipulant les chiffres ou en trahissant l’esprit de la pensée fondatrice, une analyse sérieuse démontre que la permaculture, système -certes à vocation réparatrice apparemment peu révolutionnaire- de création d’écosystèmes acceptables, dont la Transition est la forme urbaine, intègre des moyens adaptés à ses buts, tout entièrement tournés vers un fonctionnement autogéré, gratuit et tourné vers la satisfaction des besoins de tous par l’usage maximum de biens communs et collectifs. Les fondateurs de la permaculture se sont d’ailleurs inspirés de gestions d’espaces et de ressources naturelles directement inspirées de sociétés sans État ni économie marchande, sociétés majoritaires dans l’histoire de l’Humanité. Jean-Louis Sagot-Duvaroux, dans Pour la gratuité démontre bien qu’elle est « l’inverse du marché qui se présente aujourd’hui » et l’inscrit comme une aspiration millénaire.

Pour parer au faux problème d’une gratuité qui ne pourrait être totale (on parle alors de quasi-gratuité), faux problème parce qu’en introduisant le coût de fabrication d’un objet offert, on omet son contre-coût symbolique (don/contre-don), il propose des gratuités socialement organisées, c’est-à-dire dont le coût,  équitablement réparti sur le plus grand nombre, devient économiquement plus rentable que l’équivalent marchand.

Jean-Louis Sagot-Duvaroux constate que ce qui est gratuit est donc libre et à égalité d’accès pour tous, ce qui pose la question de la nature particulière des biens permettant cette gratuité. Nous avons vu que les biens ou services, matériels ou immatériels, se distinguent en fonction de leur partage possible (rivaux ou non), ou de leur accessibilité (exclusifs ou non).

La gratuité se définit donc surtout par la socialisation de biens partagés. Ainsi, Paul Ariès définit-il un coût en fonction du mésusage d’un bien : l’eau de consommation, gratuite en deçà d’un seuil de besoin acceptable défini par ses usagers, est financée par l’eau qui remplit la piscine.

C’est pourquoi, au sein de Montreuil en Transition, est proposé un groupe Gratuité, laquelle peut devenir un enjeu majeur en fonction duquel la transition sera un projet de transformation sociale ou tombera dans les oubliettes de l’Histoire comme d’autres néo-produits marketing obsolètes tels que le Développement Durable ou la croissance verte.

Peter BENOIT

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